En 2024, la France comptait plus d’un million d’alternants en formation. Derrière cet essor massif de l’alternance se dessine toutefois une réalité moins visible. Les alternants développent parfois le syndrome de l’imposteur. Ce phénomène psychologique, largement documenté, interroge le vécu des jeunes en situation de double statut.
Longtemps cantonnée à des filières manuelles, l’alternance s’impose désormais comme une voie de formation à part entière. Autrefois perçue comme une orientation de second choix, elle concerne aujourd’hui majoritairement des parcours de niveau bac+2 et plus. Selon les données de Hellowork, près de 60 % des contrats d’apprentissage signés en 2024 visaient un diplôme de ce niveau, contre moins de 40 % en 2018.
Cette transformation du système éducatif français place chaque année des centaines de milliers de jeunes dans une position particulière. Celle d’être à la fois étudiants et salariés, en formation et déjà en responsabilité. Cependant, cette double appartenance peut fragiliser les repères et favoriser l’émergence du syndrome de l’imposteur en alternance. Il s’agit d’un sentiment de doute sur sa légitimité et ses compétences.
On fait le point pour mieux comprendre ce sentiment et ses effets sur l’alternance.
Le Syndrome de l’imposteur c’est quoi ?
Les origines
Le terme original était « le phénomène de l’imposteur ». Les chercheurs étudient le syndrome de l’imposteur depuis les travaux de Pauline Rose Clance et Suzanne Imes en 1978. Elles le définissent comme une « expérience interne de supercherie intellectuelle ». Ce mécanisme pousse l’individu à attribuer ses réussites à des facteurs externes. Il les explique par la chance, les circonstances ou la bienveillance des autres, plutôt que par ses propres compétences. Selon leurs travaux, entre 60 et 70 % des personnes y seraient confrontées au cours de leur vie professionnelle.
En 1985, le Dr Pauline Rose Clance a poursuivi ses recherches et a développé l’échelle de Clance du phénomène de l’imposteur. Il s’agit d’un outil permettant de mesurer ce syndrome à partir de six variables :
- Le cycle de l’imposteur
- Le besoin ressenti d’être hors du commun ou simplement le meilleur
- Les caractéristiques d’un individu au-dessus du commun des mortels
- La peur de l’échec
- Le déni face à ses aptitudes ou le refus des éloges
- Le sentiment de peur ou de culpabilité face à sa réussite
Ainsi, le syndrome de l’imposteur agit comme un mécanisme psychique qui pousse l’individu à remettre en question de façon permanente et biaisée ses compétences et sa valeur personnelle. Autrement dit, ce syndrome conduit à douter de soi et de ses capacités professionnelles. Il s’exprime par un manque de confiance en soi chronique.
Dans un contexte d’alternance ce phénomène s’intensifie. En effet, le jeune fait face au quotidien à un environnement professionnel qui le dépasse par définition.
Comment se manifeste le syndrome de l’imposteur en alternance ?
Il existe plusieurs signes permettant d’identifier le syndrome de l’imposteur chez un alternant. Celui-ci peut avoir tendance à attribuer ses réussites à des facteurs externes, comme la chance, le hasard ou l’aide de ses tuteurs et collègues.
Par ailleurs, il peut également manquer de confiance en lui, en minimisant ou en dévalorisant ses accomplissements en entreprise comme en formation. Ce syndrome se manifeste aussi par un perfectionnisme marqué et un surinvestissement important. Cela conduit à consacrer un temps et une énergie disproportionnés aux tâches confiées.
Enfin, il s’accompagne souvent d’une peur d’être “démasqué”, c’est-à-dire la crainte de ne pas être légitime dans son rôle d’alternant, ou de ne pas être à la hauteur des attentes. Ce sentiment de ne pas mériter sa place peut toucher de nombreux alternants, de manière ponctuelle ou durable.
Le syndrome de l’imposteur en alternance
Une position structurellement ambiguë
L’alternant occupe une position particulière. En effet, il n’est ni tout à fait étudiant, ni tout à fait salarié. Il évolue entre deux institutions, l’école et l’entreprise, qui lui assignent des statuts, des attentes et des codes de conduite différents, parfois contradictoires. En formation, il est évalué sur des critères académiques et théoriques. En entreprise, il est attendu sur des résultats opérationnels. Cette dualité structurelle peut nourrir un sentiment de décalage permanent.

Par ailleurs, ce décalage est accentué par la nature même de l’environnement professionnel. L’alternant partage son quotidien avec des collègues titulaires, souvent plus expérimentés. Parfois même ils sont issus de grandes écoles, disposent d’un CDI et d’une maîtrise des codes internes que l’alternant ne possède pas encore. Les alternants touchés par le syndrome de l’imposteur remettent en question leur légitimité et leurs compétences acquises, et se comparent avec des collègues plus expérimentés. Ils ont l’impression de ne pas être à la hauteur et peuvent penser que leur place est due à la chance plutôt qu’à leur aptitude.
Des comportements observables chez l’alternant
Le syndrome de l’imposteur ne se limite pas à un ressenti intérieur. Il se traduit aussi par des comportements visibles qui, paradoxalement, renforcent ce sentiment. La psychologue Valerie Young a identifié cinq profils types (le perfectionniste, le génie naturel, le solitaire, l’expert et le super-héros), qui reflètent différentes façons de percevoir la compétence.
Dans le contexte de l’alternance, deux profils reviennent souvent. Le premier est celui du perfectionniste. Il se fixe des objectifs très élevés et considère tout résultat imparfait comme un échec. Le second est celui du solitaire. Il évite de demander de l’aide ou de poser des questions par peur de paraître incompétent.
Enfin, ces attitudes peuvent créer un cercle vicieux. La peur d’être jugé pousse à vouloir tout contrôler, à se mettre une pression excessive, voire à adopter des comportements contre-productifs comme la procrastination ou des erreurs évitables. Elles rendent aussi difficile l’acceptation des compliments, ce qui renforce le sentiment de ne pas être légitime. À long terme, ce fonctionnement fragilise la confiance en soi et peut augmenter le risque d’épuisement.
Syndrome de l’imposteur en alternance : facteurs d’aggravation et pistes de dépassement
Les facteurs qui amplifient le phénomène en contexte d’alternance
Plusieurs caractéristiques propres à l’alternance contribuent à renforcer le syndrome de l’imposteur. Le premier est le fait d’être confronté à deux environnements d’évaluation différents. À l’école, une erreur se traduit surtout par une mauvaise note, sans conséquence directe. En entreprise, elle peut avoir un impact concret sur un projet, des clients ou une équipe. Cette différence augmente la pression et peut renforcer la peur de ne pas être à la hauteur.
Ensuite, le deuxième facteur est le manque de repères stables. En arrivant en alternance, les jeunes découvrent un monde professionnel nouveau, avec ses règles implicites, ses attentes non dites et ses habitudes. Tout cela doit être compris progressivement, ce qui peut créer un sentiment d’incertitude.
Enfin, l’alternance s’inscrit dans une période de transition importante. Ces moments de changement, comme l’entrée dans la vie professionnelle, sont souvent propices au doute et peuvent fragiliser la confiance en soi.

Les leviers pour sortir du cycle de l’imposture
Le syndrome de l’imposteur n’est pas une fatalité. Plusieurs approches, validées par la pratique clinique et la recherche en psychologie, permettent d’en atténuer les effets. Le premier levier est la prise de conscience du mécanisme lui-même. Comprendre que le sentiment d’imposture est un biais cognitif est une première étape essentielle. Il s’agit d’un décalage entre la performance réelle et la perception de soi. Autrement dit, ce ressenti ne reflète pas une réalité objective. En prendre conscience permet de mieux le gérer.
Ensuite, le deuxième levier est la documentation des réussites. Tenir un relevé concret des tâches accomplies, des problèmes résolus, des feedbacks positifs reçus, permet de contrebalancer la tendance à minimiser ses succès et à les attribuer à la chance.
Enfin, le troisième levier concerne le rôle de l’entourage professionnel. Le tuteur ou le maître d’apprentissage occupe une position stratégique. En effet, en formulant des retours réguliers et précis, en nommant explicitement les compétences développées par l’alternant, il contribue à ancrer la légitimité de celui-ci dans des faits vérifiables. Partager ses doutes avec un mentor offre souvent une perspective rassurante et permet de recadrer les croyances négatives.
Enfin, il est important d’accepter que l’erreur fasse partie intégrante de l’apprentissage. L’alternance constitue précisément un cadre où cette tolérance à l’erreur est reconnue et encadrée. Dans ce contexte, l’alternant est avant tout en entreprise pour apprendre, et non pour tout maîtriser immédiatement. Ce changement de perspective constitue un levier cognitif essentiel.
Conclusion
Le syndrome de l’imposteur en alternance n’est ni une particularité marginale ni un signe de faiblesse individuelle. Il s’agit d’un mécanisme psychologique, qui prend une forme spécifique dans un dispositif de formation où l’alternant doit simultanément prouver sa valeur et accepter de ne pas encore la posséder pleinement.
L’alternance monte en gamme vers des niveaux de qualification de plus en plus élevés, et la question de la santé psychologique des apprenants en situation de double appartenance devient un enjeu collectif.
Ni les établissements de formation, ni les entreprises d’accueil ne peuvent se contenter de gérer les compétences techniques de l’alternant sans prendre en compte les dynamiques identitaires qui traversent son parcours. Reconnaître le syndrome de l’imposteur, c’est reconnaître que la confiance en soi se construit progressivement, dans un environnement où l’erreur est traitée comme une donnée pédagogique et non comme une preuve d’incompétence.
Vous êtes alternant ? Il est normal de douter parfois ! L’important est de comprendre que ces doutes font partie du processus d’apprentissage. Rapprochez-vous des experts iSCOD, qui vous accompagnent et valorisent votre profil tout au long de votre alternance.






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